C’est d’abord un silence, mais un silence dynamique (vibratoire). Quand un tableau est silencieux, cela signifie qu’il est réussi. Tous les tableaux commencent par le tumulte ; la satisfaction arrive lorsque la forme peut s’écouter et non pas se voir. C’est le cas du fameux « Carré blanc sur fond blanc » de Malévitch dans lequel la vibration de la lumière joue un rôle capital. Même s’il n’y a pas de couleur, un tableau où la matière vibre, reste vivant.Mais aussi, quand on parvient à ce « silence complet », qui n’est pas seulement une absence de bruit, mais un silence positif, cela nous ouvre les yeux vers un monde différent. Alors, la représentation a l’air de venir d’un autre monde, non de la vie que nous voyons et connaissons, et d’une certaine façon, elle nous met en rapport avec cet autre monde. L’artiste doit être dans cet autre monde et voir cependant la nature comme elle est ici. Il doit être là-bas et voir ici. Ainsi, le rôle de l’artiste est d’initier, de faire pénétrer dans un monde supérieur : « l’artiste ne reproduit pas le visible, il rend visible » (Klee).C’est très difficile de traduire avec des mots ce genre d’émotions, parfois provoquées par quatre coups de pinceau qui n’ont l’air de rien ; c’est le cas, par exemple, de certaines compositions de Paul Klee dans lesquelles la représentation figurative ne joue aucun rôle. Et pourtant, malgré la difficulté qu’il y a à le formuler intellectuellement, ces œuvres nous parlent avec force.
Que de fois elles ont éveillé en nous des sentiments existentiels de la plus grande profondeur ! Combien d’entre elles n’ont-elles pas touché les fibres les plus intimes de notre esprit, provoquant une sorte d’illumination qui semble nous pousser à être meilleurs.
Christian TEIXIDO